LE POINT SUR LA QUESTION DES BEKES

LE POINT SUR LA

QUESTION DES BéKés

 

Rien de tel que la lutte des classes pour dissiper le brouillard idéologique que certains s'évertuent à épaissir sur les questions sensibles de notre histoire ! Ainsi le mouvement social de février-mars a fait plus pour éclairer la question des Békés que les quantités impressionnantes d'encre et de salive dépensées pendant les dernières années sur ce sujet ! Pensez au savant bavardage pour savoir " ce que les békés ont dans leur ventre",  "si les békés sont Martiniquais ou pas ", ou encore " si nous sommes tous créoles ou pas"! Toutes ces spéculations oiseuses ont disparu devant les vraies questions :

- Que sont les békés aujourd'hui ?

- Comment se positionner par rapport à leur pouvoir aujourd'hui ?

-Comment régler aujourd'hui le problème résultant de leur place dans l'histoire du pays et la société d'aujourd'hui ?

 Sans vouloir nous lancer ici dans de longs développements académiques, donnons quelques éléments de base de notre contribution au débat.

D'abord indiquons que les questions ci-dessus ne sont pas seulement légitimes. Elles sont incontournables. La disparition des tabous sur les questions de classes est toujours un progrès et la parole dite est toujours un plus par rapport à la parole refoulée si on veut poser les problèmes sans exagération de la passion, pas toujours bonne conseillère en la matière.

Il est bien vrai que les propos racistes d'un quelconque Alain Despointes ne sont pas faits pour calmer les émotions. Mais leur diffusion a quelque chose de salutaire. En rendant publique l'offense faite aux Martiniquais non-blancs, cette publicité a permis d'une part de sensibiliser les nouvelles générations sur un élément lourd de notre héritage historique, d'autre part de ramener à leur juste proportion les bavardages d'un  Roger de Jaham prétendant que la morgue raciste de cette caste/classe n'était plus qu'un résidu très minoritaire.

 Cela nous permet de dire que lorsqu'une société a baigné dans le racisme d'une façon aussi profonde que la société coloniale des Antilles, lorsque la version la plus extrême du racisme a été un élément consubstantiel de son fonctionnement, on ne l'extirpera pas en se contentant de jeter dessus un voile pudique, en s'efforçant d'en diminuer la terrible portée, en s'imaginant qu'il suffit de laisser faire le temps en évitant de réveiller les vieux démons. Inutile être un grand psychanalyste pour comprendre l'importance de la parole en la matière et inutile d'être un expert en marxisme pour comprendre que la parole a besoin d'être confrontée aux expériences de la lutte des classes qui auront toujours le mot de la fin !

L'arrogance béké - qui soit dit en passant se mêle généralement à un paternalisme à nul autre pareil - n'est pas seulement un produit de l'histoire d'une caste/classe qui a dominé sans partage le pays pendant des siècles, c'est aussi le produit de sa  place actuelle de maître d'une part importante de l'économie du pays. Il est bien vrai que les Békés, en tant qu'entité ethnique, ne correspondent pas à 100 pour 100 à une classe sociale homogène.

 Il existe des Békés sans le sou, mais ils ne sont pas seulement minoritaires, ils sont surtout malheureusement silencieux et laissent volontiers le haut du pavé aux gros qui fréquemment les exploitent. Ce sont ces derniers qui ont choisi de sortir de leur discrétion et de pérorer au nom de tous.

 Le jour ou des "petits Békés" choisiront de prendre la parole, de se démarquer des profiteurs et pourquoi pas de rejoindre politiquement le camp du peuple auquel ils appartiennent, en rejetant ouvertement le racisme dans lequel ont vécu leurs congénères, alors nous auront fait un pas énorme dans la clarification de la question béké.

A quand donc un nouveau Monnerot, du nom de ce Béké qui selon l'historien J. Adélaïde-Merlande a été la plume de l'extraordinaire proclamation de Louis Delgrès à Matouba et qui jusque dans la mort à refusé - au prix de sa vie - le privilège lié à la couleur de sa peau ? Loin de nous l'idée d'exiger un tel héroïsme à quiconque, mais il faut avoir la lucidité de comprendre que c'est lorsque des Békés auront de façon suffisamment visible et significative franchi le Rubicon, c'est à dire transgressé la barrière communautariste, que l'on pourra de façon salutaire séparer la question de classe de sa gangue ethnique dans notre colonie de Martinique.

Pour l'heure, quand on dit Békés on pense gros Békés et l'adjectif apparaît comme un pléonasme, ce qui est regrettable sans doute aucun, mais vrai.

Nul n'a dit ou écrit que ce sont "des " Békés qui ont orchestré la lamentable équipée qui a prétendu occuper Fort-de-France en pleine grève générale. C'était tout simplement " les "Békés ! C'était encore eux qui dans la grande distribution bloquaient les négociations, encore eux qui faisaient et font de la résistance archaïque sur d'autres question en négociation(le prix dans les matériaux de construction ou les pièces de voiture ...). C'est eux qui s'opposent et s'opposeront à toute idée de réforme agraire sérieuse pour d'évidentes raisons d'intérêts de classe.

Cela n'a pas empêché tel d'entre eux de planter un arbre avec Aimé Césaire ni tel autre d'aller parler du 22 mai avec Serge Letchimy sur la place Abbé Grégoire. Et si nous leur reconnaissons un certain courage, c'est bien parce que nous imaginons sans peine l'opinion que peuvent avoir d'eux les éléments les plus attardés de la caste. Mais lorsqu'ils vont siéger dans les réunions de la région ou lorsqu'ils font avec un certain succès le siège des conseillers régionaux, ce sont les mêmes intérêts de classes qui les animent.

 Malheur à ceux qui font semblant de l'ignorer ou qui croient que le progrès de la Martinique passe par la fusion des intérêts des exploiteurs et des exploités. Le mouvement de février a montré ce qu'il faut penser de ces chimères.

 A tous ceux qui ont des yeux pour voir mais qui ne regardent pas, ce mouvement a rappelé : la lutte de classes existe et chacun doit choisir son camp. Ces réalités-là ne nous réjouissent pas. C'est bien pour cela que sur nos bannières on peut lire un idéal que nous n'avons jamais caché ni édulcoré : après l'abolition de l'esclavage, la plus importante des abolitions sera l'abolition des classes sociales et donc d'abord du capitalisme qui en est le terreau. Il n'existe pas selon nous de façon plus réaliste de travailler  à la naissance à terme de l'harmonie entre tous les humains, quelque soient leurs origines ou leurs ethnies.

C'est cela le chemin de la solution de la question béké, c'est-à-dire le chemin de sa disparition comme question !

 

Philippe Pierre-Charles

 

 

 

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Commentaires (5)

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