FANON COMME LE CHE



Le samedi 15 décembre 2007 à l'AMEP de Fort-de-France, Philippe Pierre-Charles et Olivier Besancenot ont donné chacun une conférence sur le Che et Frantz Fanon respectivement. Olivier tout d'abord a mis en relief l'actualité du combat politique du Che quarante ans après son assassinat sous les directives de la CIA. Par la suite, Philippe montra la convergence existant entre les positions de Frantz Fanon et de Che Guevara : deux esprits rebelles, évoluant progressivement vers des positions authentiquement internationalistes et révolutionnaires. A la demande du public, nous livrons in extenso et sous forme de dossier (pages 5 à 12 de ce présent numéro) la contribution originale concernant Fanon. Cette soirée fut aussi l'occasion pour Olivier de présenter son ouvrage " Le Che, un brasier qui brûle encore " écrit en collaboration avec Michael Lowy, et publié aux éditions Mille et une nuits. Encore disponible.

 

"...Louis Delgrès, au moment de s'immoler avec300 de ses compagnons pour ne pas se rendre à l'armée esclavagiste de Napoléon, a fait une proclamation. Elle s'adressait non pas à ses frères d'armes Guadeloupéens, non pas aux Martiniquais de son pays d'origine, non pas aux Français dont il avait épousé les idéaux révolutionnaires, mais … " A l'humanité entière " ! C'était en Mai 1802.Deux siècles plus tard en septembre 2005, Hugo Chavez, dans un discours à l'ONU, conclut : " Nous ne prendrons pas de repos tant que nous n'aurons pas sauvé l'humanité » Une vingtaine d'années plus tôt, Thomas Sankara disait : "Notre révolution, au Burkina Faso, est ouverte aux malheurs de tous les peuples (…). Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde" (oct. 2004)On pourrait donner des dizaines de citations du CHE défendant la même idée. A une Espagnole nommée GUEVARRA et qui cherchait s'il n'y avait pas un lien de parenté entre eux, le CHE a répondu : " … si vous êtes capable de trembler d'indignation chaque fois qu'il se commet une injustice dans le monde, alors nous sommes camarades, ce qui est le plus important ".Frantz Fanon ne disait pas autre chose. "qu'il me soit permis de chercher l'homme où qu'il se trouve". Celui que l'on a présenté comme un anti-européen, en oubliant qu'il avait commencé sa vie militante en allant se battre contre l'installation de l'ordre nazi sur l'Europe, a écrit : " Pour l'Europe, pour nous même et pour l'humanité, camarades, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf " ; et c'est la dernière phrase de son dernier livre, une phrase testament en quelque sorte. Ce souffle internationaliste commun au CHE et à FANON et en réalité à tous les révolutionnaires authentiques d'aujourd'hui est sans doute la première preuve de l'actualité de leurs messages et de leurs exemples. Car ce qui était vrai il y a un demi-siècle, à une époque où le mot de "mondialisation" n'était pas encore à la mode est évidemment encore plus vrai aujourd'hui.

Le CHE et FANON n'étaient pas des internationalistes en paroles. Tous les deux ont risqué leur vie et, mieux, ont fait don de leur vie à la lutte de peuples auxquels ils n'appartenaient pas au départ. Olivier Besancenot va le rappeler pour le CHE. Mais concernant FANON, ce qu'il faut souligner, c'est qu'il ne s'est pas contenté d'épouser la cause du peuple algérien. Il a dans plusieurs de ses écrits souligné à quel point la lutte algérienne était importante pour toute l'Afrique et il est devenu lui-même un des leaders de la révolution africaine."La solidarité interafricaine, écrit Fanon en janvier 1960, doit être une solidarité de fait, une solidarité d'action, une solidarité concrète en hommes, en matériel, en argent. "Et il met en exergue une résolution du Congrès des peuples Africains (Accra 1958) où les délégués "s'engagent à constituer une milice qui serait chargée d'appuyer les peuples africains un lutte"…Après avoir été ambassadeur du FLN en Afrique, Frantz Fanon a demandé à l'être auprès du peuple cubain. C'était dans sa dernière année de vie mais le FLN a refusé. L'humanisme révolutionnaire et internationaliste du CHE et de Fanon, nous en avons le plus grand besoin aujourd'hui. Si cet idéal ne progresse pas de façon significative à l'échelle de la planète, nous ne voyons pas comment on pourra sauver non pas la planète, mais l'espèce humaine elle-même qui l'occupe !Toute l'insistance de Fanon et de CHE pour "l'Homme neuf", " l'Homme nouveau " se justifie encore plus aujourd'hui. C'est d'une nouvelle civilisation dont nous avons besoin aujourd'hui, d'une "humanisation de l'humanité" comme a dit Aimé Césaire dans un discours devant le parc naturel de Tivoli il y a une quinzaine d'année. Cette aspiration est confrontée aujourd'hui comme il y a 50 ans au même ennemi de l'humanité, le colonialisme et l'impérialisme. C'est une tragique vérité. Dans sa dernière lettre à sa compagne avant d'être lâchement assassiné il y a 47 ans, Patrice Lumumba pronostiquait une Afrique libérée et prospère ; dans 50 ans disait-il !Nous y sommes pratiquement mais l'impérialisme est toujours là. Aujourd'hui l'impérialisme est toujours, comme le dit l'hymne du FSLN, "l'ennemi de l'humanité". Le vieux colonialisme a certes reculé et s'est quelques peu transformé mais il est toujours là et nous en sommes la preuve. La nouveauté c'est que la différence entre colonialisme et impérialisme est de plus en plus mince. Quand on voit comment SARKOZY parle aux Tchadiens et aux Africains en général, comment les Etats-Unis se comportent en Irak, en Afghanistan, ou comment les multinationales étasuniennes interviennent dans les processus électoraux du Venezuela, comment plusieurs pays occupent Haïti, on se rend compte que la recolonisation du monde est en marche !

Le CHE et FANON prônent tous deux l'amour de l'humanité mais aussi la haine la plus implacable de l'impérialisme et du colonialisme." La haine comme facteur de lutte ", écrit le CHE dans son message à la tricontinentale. Et FANON n'est pas en reste !C'est la bestialité du colonialisme et de l'impérialisme, leur violence intrinsèque qui conduisent l'un comme l'autre à prôner et à appliquer la lutte armée contre l'oppresseur. Leur option pour la violence révolutionnaire n'est pas le résultat d'une fascination pour les armes. Dans plusieurs articles du Moudjahid et dans "Les Damnés de la terre" Fanon conçoit que des processus puissent conduire à l'émancipation sans lutte armée mais sur la base d'un rapport de forces crée dans le pays et ailleurs, en particulier en Algérie ! Et si FANON attribue une valeur thérapeutique à la violence, c'est parce qu'il veut répondre à la déshumanisation du colonisé par un affrontement qui est selon lui seul susceptible de le libérer du complexe d'infériorité que le colonisateur lui a "savamment inculqué" comme a dit Césaire. La lutte à mort contre l'impérialisme est toujours d'actualité même si elle a, souvent mais pas partout, changé de forme.La nouveauté, comme l'explique Olivier dans son excellent petit livre sur le CHE, c'est qu'aujourd'hui le rôle des progressistes des pays impérialistes mais pas, à l'égard des peuples du tiers monde, un rôle de simple solidarité anti-impérialiste. Il s'agit maintenant beaucoup plus qu'hier d'une lutte commune pour "un autre monde", au-delà du colonialisme, de l'impérialisme, du capitalisme. Écoutez l'ex vice-président des Etats-Unis, Al GORE. Même lui comprend que pour sauver l'humanité, il faut s'opposer au gouvernement des États-Unis. Il y a un demi-siècle, FANON l'avait écrit noir sur blanc. Voici un paragraphe des " Damnés de la terre ", trop rarement cité, qu'il convient de méditer :" … il est clair que nous ne poussons pas la naïveté jusqu'à croire que cela (… "faire triompher l'homme partout, une fois pour toutes ") se fera avec la coopération et la bonne volonté des gouvernements européens. Ce travail colossal qui consiste à réintroduire l'homme dans le monde, l'homme total, se fera avec l'aide décisive des masses européennes qui, il faut qu'elles le reconnaissent, se sont souvent ralliées sur les problèmes coloniaux aux positions de nos maîtres communs. Pour cela, il faudrait d'abord que les masses Européennes décident de se réveiller, secouent leurs cerveaux et cessent de jouer au jeu irresponsable de la belle au bois dormant." Il y eu encore du boulot, Olivier !En tous cas cela nous montre que pour FANON comme pour le CHE la lutte de libération nationale doit déboucher sur la révolution sociale. Là encore, l'actualité de FANON est indiscutable. Toutes les dernières années de la trop courte vie de FANON sont marquées par une radicalisation du contenu social de son anticolonialisme, par une démarcation de plus en plus nette d'avec le nationalisme petit bourgeois. Cet aspect de choses a été dissimulé par certains courants opposés mais unis dans leur commune schématisation de la pensée de FANON. Les uns ont caricaturé pour mieux s'approprier FANON tandis que les autres le faisaient pour mieux le rejeter. Ces courants contradictoires ont identiquement sollicité certaines expressions de FANON sur "la lutte globale", le "peuple global" et même les "peuples colonialistes" pour laisser croire que sa vision ignorait la nature de classe des oppositions entre sociétés colonisatrices et sociétés colonisées. Comme si FANON analysait la lutte de libération nationale comme l'opposition de deux peuples homogènes et ennemis. Cet obscurcissement de la pensée de FANON passe sous silence les articles du Moudjahid et surtout le chapitre des Damnés de la terre intitulé "Mésaventures de la conscience nationale". Ce chapitre est une dénonciation d'une rare virulence de la bourgeoisie nationale des pays coloniaux. "Parvenue au pouvoir au nom d'un nationalisme étriqué, au nom de la race, la bourgeoisie, en dépit de déclarations très belles dans la forme mais totalement vides de contenu, maniant dans une complète irresponsabilité des phrases qui sortent en droite ligne des traités de morale on de philosophie politique de l'Europe, va faire la preuve de son incapacité à faire triompher un catéchisme humaniste minimum" écrit FANON. Mais c'est tout le chapitre qu'il faudrait citer pour comprendre la communauté de la vue avec le CHE proclamant : " il n'y a pas d'autre changement à faire. Ou révolution socialiste ou caricature de révolution ".Toute l'histoire de l'Afrique, de l'Amérique de Sud, de l'Asie des 50 dernières années n'est que l'histoire de la vérification mathématique de ces analyses de FANON et de CHE. Aujourd'hui en Martinique, un débat fait rage. On discute doctement de la question de savoir si les Békés sont martini quais ou pas. On disserte savamment pour décider si nous sommes "tous créoles" ou pas. A ces polémiqueurs tout à fait respectables, nous osons suggérer une autre question dont les conséquences pratiques sont autrement plus concrètes : existe-t-il en Martinique ou ailleurs dans le monde, une seule bourgeoisie "nationale" (béké, créole, martiniquaise ou que sais-je encore) capable de conduire un quelconque processus d'émancipation, de progrès humain ?Non, bien sûr. La libération de l'humanité, la destruction de ses chaînes et même aujourd'hui la simple survie de l'espèce dépendent de la seule capacité des damnés de la terre, des opprimés, des exploités, des victimes du système dominant de se mettre debout, de se mettre en marche, de prendre les rênes du monde. C'est aussi cette idée, l'actualité de FANON.C'est vrai, la tâche est gigantesque. Raison de plus pour "secouer nos cerveaux", pour nous inspirer de l'esprit critique de Fanon et de Che, d'adopter leurs indépendance d'esprit, leur aptitude à faire évoluer leur pensée sous l'impact de l'expérience examinée avec une remarquable exigence de lucidité et à en tirer toutes les conséquences pour leur propre engagement. En une dizaine d'années le CHE est passé de propos attendris sur "le vieux et regretté Staline" (1954) à une critique de plus en plus vive du stalinisme. L'évolution de Fanon est encore beaucoup plus fulgurante.

Le jeune homme qui s'embarque en juillet 1943 dans la ferveur pour aller comme volontaire rejoindre les Forces Françaises libres en guerre contre l'Allemagne nazie n'est pas exempt d'illusions. Après un an de guerre où il se comporte avec héroïsme, il écrit à sa famille : "je me suis trompé ! Rien ici qui justifie cette subite décision de me faire le défenseur des intérêts du fermier quand lui-même s'en fout". Il précise : "On vous cache beaucoup de choses ". Et si l'un des trois amis martiniquais du régiment survit il "vous révélera les affreuses vérités." Vérités du racisme dont il produit une autopsie sans concession dans son premier ouvrage "Peau noire et masques blancs". Ce livre de 1952 ne se situe pas dans une dynamique de libération nationale, mais dans celle d'un antiracisme radical, d'une aspiration à une humanité débarrassée de ce fléau du mépris et des préjugés. (Edouard Delépine se souvient d'une nuit de discussion avec FANON en décembre 1951 et confirme cet état d'esprit).

C'est peut-être paradoxalement cette limitation qui a facilité le regain d'intérêt pour FANON chez les penseurs du "post colonialisme". Ils sont séduits par la dimension universelle radicale du message. Edwy Plenel disait récemment ici même qu'il faut "prendre les grands penseurs par le début". C'est vrai que les débuts sont souvent le moment de décisives affirmations de principes, de fixation solennelle d'objectifs fondamentaux. Les "prendre par le début", certes mais à condition de ne pas en rester là. Car si les débuts de FANON annoncent bien son but, la libération de l'Homme, ce sont les œuvres ultérieures qui ont élucidé la question des moyens. De fait à peine 4 ans plus tard, c'est un FANON sûr de lui qui apprend à son frère Joby médusé qu'il rejoint le FLN à Tunis (après l'avoir rencontré et déjà intégré à Alger, suite à son expérience de ce pays, singulièrement dans son domaine professionnel, la psychiatrie).Rapportant la conversation, Joby met dans la bouche de son frère la phrase suivante : "la lutte héroïque du peuple algérien soulèvera l'ensemble des peuples colonisés et dominés". Ces peuples "vont s'engouffrer dans le sillon tracé par notre guerre, notre défi ". Que de chemin parcouru ! Dès l'ouvrage "L'an V de la révolution algérienne", la vision décolonisatrice de FANON intègre la dimension sociologique. L'homme concret, la femme concrète, les individus dans toutes leurs complexités psychologiques sont pris en compte et les contenus de classe apparaissent. La conviction fondamentale de FANON du caractère central de la lutte de libération nationale comme voie royale de l'émancipation de l'homme colonisé est déjà complètement forgée. Elle ne fera que s'approfondir par la suite pour aboutir, par la suite, à un regard critique sur un certain nationalisme. Le "formalisme stérilisant " du nationalisme est expressément dénoncé. Et, je l'ai déjà dit, c'est dans "Les Damnés de la terre", ouvrage écrit dans la conscience de la mort prochaine et donc débarrassé de toute tentation de regard censeur par la direction de FLN que FANON lance ce qui peut être considéré, même si les mots n'y figurent pas, un véritable appel à la révolution permanente dans le tiers-monde et au-delà.

En moins d'une dizaine d'année Frantz FANON a vécu une permanente révolution théorique, tout à fait en accord avec sa soif d'engagement total, d'action menée jusqu'au bout, de réflexion sans œillères, de travail acharné dans l'obsessionnelle quête de l'homme de ses débuts. Ce perpétuel dépassement lui a permis, lui l'intellectuel pétri de Césairisme, (même s'il n'a pas été l'élève du grand maître - comme le rectifie son frère Joby) de forger sa propre voie, de développer son propre projet brutalement et prématurément interrompe par la mort. Il nous revient aujourd'hui de retenir la méthode, et d'avoir l'audace, avec l'admiration et le respect qui conviennent, de l'appliquer à Frantz Fanon lui-même. FANON nulle part n'a demandé d'avoir des disciples acritiques. La tonalité un brin libertaire de ses écrits sur le refus des "leaders", sa vision hélas inachevée sur les rapports avant-garde/masses, spontanéité/organisation, sont des invitations au dépassement, à la relecture critique. D'autres l'ont déjà dit : il est clair que les analyses de FANON sur le rôle dirigeant de la paysannerie, sur la nature de la classe ouvrière dans les pays dominés doivent être revues et corrigées.Il est clair que son mode d'insertion dans la lutte algérienne (insertion dont l'histoire reste largement à écrire sur la base d'enquêtes et de recherches non polluées par les partis pris et intérêts politiques vivants… ou posthumes !) ne l'a pas conduit à se démarquer d'un certain nombre de choix du FLN que nous ne pouvons absolument pas partager : le choix par exemple des attentas civils comme forme de lutte (que le CHE rejette explicitement avec raison), le choix des inadmissibles règlements de compte sanglants à l'égard des autres tendances anticolonialistes ou au sein même du FLN). Quelle que soient les circonstances atténuantes qu'on pourrait évoquer, nous rejetons ces actes comme étrangers à l'idéal d'émancipation de Fanon lui-même, alors que de fait, il les a cautionnés, en se considérant probablement comme contraint et forcé. Il est également clair que la nécessaire organisation indépendante des travailleurs comme des femmes ne figure pas dans les recommandations de FANON. La pratique a amplement montré que la simple participation des femmes et plus généralement de tous les opprimés au "combat pour le salut commun" ne suffit pas pour garantir que l'indépendance nationale ne sera pas confisquée et la libération dévoyée. Ce qui était déjà vrai à l'époque de FANON, déjà exprimé par les marxistes-révolutionnaires de l'époque l'est bien sur encore plus aujourd'hui. Il y a lieu d'intégrer ces acquis, de les agréger étroitement à l'arsenal théorique de FANON. On le voit. Il n'existe pas un guide tout fait pour le bon usage du penseur marti-nicano-algériano-africano-tiersmondiste-humaniste qu'est FANON. Il reste la nécessité d'en faire, d'en refaire une lecture réconfortante et critique. Là nous trouverons des pistes pour une réflexion sur le combat à mener ici et maintenant pour l'émancipation du peuple dans sa terre d'origine comme ailleurs.

Certes la Martinique des années 50 du siècle dernier n'était pas l'Algérie de l'époque. Les Pitons du Carbet ne sont pas les Monts Aurès. Et un demi-siècle plus tard les contrastes sont encore plus évidents. Mais nous avons pourtant besoin de FANON pour notre combat ici et maintenant !Nous avons tous, bien au-delà de notre petite île, besoin de l'ambition prométhéenne de FANON ! Nous avons de son humanisme exigeant, radical, révolutionnaire. Nous avons besoin de son écriture chaleureuse et quasi charnelle, besoin de sa sommation de nous rebeller contre tout ce qui mutile l'homme. Nous avons besoin de sa radicalité dans les analyses et dans l'action. Il suffit de voir comment on pense la question de la violence en Martinique ! Dans des salons très officiels se rassemblent gendarmes, policiers, représentants de l'Etat, assistantes sociales, éducateurs, associations ayant pignons sur rue, procureurs, responsables politiques, syndicaux, sociologues éclairés… Et tout ce beau monde discute gravement : comment éradiquer "la violence d'ou qu'elle vienne ? " Nul ne songe à convoquer les analyses de FANON pour aider à la réflexion. L'idée que la violence illogique entre opprimés peut n'être qu'un temps de la violence, caractérisé par le retournement par les colonisés contre eux-mêmes de la violence coloniale subie n'est pas examinée. Hélas, les analyses superficielles ne peuvent donner que des remèdes superficiels, loin des tentatives de FANON d'aller à la racine des choses. Les analyses radicales de FANON aident à saisir la centralité du rapport colonial, le lien qui existe entre le système colonial et les mutilations psychologiques du colonisé, entre la domination coloniale et l'impossibilité de la société coloniale de trouver les ressorts de sa propre modernisation, le lien qui existe entre l'omniprésence du maître et l'étouffement de l'initiative historique chez le dominé. Cette radicalité dans l'analyse est du meilleur aloi quand il s'agit de découvrir sous le masque départemental la réalité coloniale, sous les mots ronflants et sonores de la République la permanence têtue de la hideur coloniale. FANON est un allié précieux pour mettre à jour une persistance coloniale que certains s'ingénient à baptiser " post coloniale", "néocoloniale" ou que sais-je encore !.Avec FANON, pas question de faire l'économie d'une politique radicale dont l'essence consiste à mettre le fer à la racine du problème, c'est-à-dire à lutter pour la complète libération nationale. Seul ce passage dans une colonie peut ouvrir la voie à l'émancipation sociale qui lui donnera la plénitude de son sens. L'actualité de Fanon, répétons-le, est l'actualité d'une sommation : il faut détruire le système colonial et se mettre en marche pour l'émancipation humaine .Cette destruction empruntera des voies qui lui sont propres mais la radicalité fanonienne s'impose dans tous les cas de figure. FANON ne répondra pas à notre place à la question de savoir s'il faut ou non, dans la Martinique d'aujourd'hui participer ou non aux institutions électives du système. Mais si cette participation est, comme nous le pensons nous, nécessaire, la radicalité impose un comportement en leur sein qui n'a rien à voir avec la gestion loyale des affaires du colonialisme.

S'inspirer de la radicalité fanonienne c'est inventer une façon de combiner tous les terrains de lutte pour les faire converger en une lutte globale qui ne peut se réduire à la frénésie électoraliste forcenée qui s'est emparé de certains anticolonialistes. C'est aussi poser la question culturelle en apprenant de sa méthode et de sa démarche dynamiques, en partant de l'idée révolutionnaire suivant laquelle la culture nationale se forge dans la lutte de libération et que cette lutte est le premier geste culturel vrai dans une colonie. Sans nous fournir un prêt-à-porter qui en la matière n'existe pas, FANON nous incite à introduire son principe de radicalité dans la lutte syndicale, dans la lutte écologique, dans la lutte féministe, dans l'internationalisme, afin de les féconder par le souffle rebelle dont sa vie et son œuvre sont une illustration toujours vivante.
 Fanon vivant, dans sa grandeur et dans ses erreurs, dans ses géniales intuitions comme dans ses points aveugles, c'est ainsi qu'il nous aidera le plus.

 Décembre 2007
Philippe Pierre-Charles

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Commentaires (5)

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