RETOUR SUR OBAMA : SENS ET PORTEE D'UN EVENEMENT MONDIAL

SENS ET PORTEE DE L’ELECTION

 

DE Barack OBAMA



Raphaël Confiant écrit qu'en tant que Martiniquais la seule chose qui le concerne, s'agissant d'Obama, c'est de savoir ce que sera sa politique extérieure. Cette façon de voir, faussement radicale, traduit une bien curieuse conception sur ce qui sépare politique intérieure et politique extérieure lorsqu'il s'agit d'un empire dominant. Elle indique une compréhension encore plus surprenante de ce qu'est le monde et ce qu'est la Martinique dans le monde, en ce début du XXIème siècle !
Si l'impact de l'élection d'Obama est si grand sur l'opinion publique mondiale, ce n'est pas un hasard.
Outre que les économies mondiales sont aujourd'hui plus ou moins interdépendantes, la situation étasunienne est d'emblée une question internationale. Les luttes de classes se déroulant dans la première puissance du monde ont d'emblée un impact au-delà des frontières du pays.
La position d'Obama sur l'immigration aux Etats-Unis (il a promis à la fois la régularisation des immigrants irréguliers et le renforcement du mur de la honte entre Etats-Unis et Mexique) affectera des centaines de milliers de gens hors des frontières US. Par ailleurs, pour prendre un autre exemple, l'évolution de la production cinématographique US aura plus d'influence sur la jeunesse martiniquaise que toutes les publications de n'importe lequel de nos romanciers martiniquais.
On peut évidemment le regretter, mais il en est ainsi
Enfin concernant l'aspect symbolique des choses, il est clair que l'élection de Barack Hussein Obama  à la tête du pays du Ku-Klux-Klan, n'a pas une importance seulement pour sa communauté aux Etats-Unis. L'onde de choc de son élection n'a pas fini de secouer le monde politique français pris au piège de sa longue tradition de pays  donneur de leçons à la planète entière, sans que cet excès d'honneur soit particulièrement justifié
Il n'y a pas un seul responsable politique français échappant aux questions des journalistes sur l'éventualité de la transposition de l'effet Obama en France ! Et ce n'est nullement sombrer dans l'obamania que d'observer avec intérêt l'impact de cette élection sur les jeunes immigrés des banlieues françaises qui se soucient sans doute assez peu des détails de la " politique extérieure des Etats-Unis " !

CE QUE REVELE L'ELECTION
Une élection qui a entraîné une participation record dans un pays gangrené par une abstention aussi forte que celle qui existe, pour beaucoup d'élections, chez nous même, est forcément révélatrice de certaines choses.
La dramatisation de ce scrutin exprime d'abord la profondeur du rejet de Bush et de sa politique désastreuse. L'Irak, Katrina, Guantanamo, Subprimes, sont des mots charriant la honte ou la douleur ressenties par des millions de citoyens US, des mots symbolisant une arrogance détestable et une indifférence remarquée à l'égard des plus démunis. Le peuple des USA, dans ses différentes composantes, a visiblement   voulu se débarrasser de Bush et accessoirement du parti républicain lui même.
Pour y parvenir, beaucoup ont sans doute dû surmonter leurs préjugés racistes. Notons tout de même que les sondages à la sortie des votes indiquent une majorité des urnes pour Mac Cain parmi les Blancs. Notons encore que les mêmes sondages apprennent que la majorité des ouvriers a voté Obama. Ceci étant, il reste que Barack Obama n'aurait pu l'emporter sans les suffrages d'une frange significative de l'électorat républicain blanc, désireuse de faire un pas en avant. Par ailleurs, l'occasion était idéale pour se donner et pour donner du pays une image non raciste, moins détestable aux yeux d'un monde trop souvent piétiné.
Barack Obama n'est pas un Afro-Etasunien de tradition et il a su tenir avec brio le langage convenant à son objectif d'accéder au poste de Président. Le pas ainsi accompli est aussi le fruit d'une lutte longue, parfois violente et toujours héroïque des combattants antiracistes
La lutte des descendants de peuples africains pour la dignité, pour l'égalité et même pour la simple reconnaissance de leur humanité doit être une nouvelle fois saluée à cette occasion.
Barack Obama a eu l'honnêteté et l'intelligence de le reconnaître. Il était a-t-il dit, sur les épaules de Martin Luther King, de Rosa Parks, de Malcom X. Sans le sacrifice de ces ancêtres là, il n'y aurait pas eu la victoire électorale d'aujourd'hui.
Et ceux qui croupissent encore dans les geôles racistes des USA, comme Abu Jamal, ont droit à la même reconnaissance et donc d'abord à ce que justice leur soit enfin rendue.

LES ENVOLEES DE L'ILLUSION
 On a tout entendu avec cette élection. Barack Obama serait comme un nouveau messie. Le monde allait devenir ipso facto plus humain. Etc.
Il n'y a aucune raison de perdre la tête.
Le monde n'a pas changé de base. Les Etats-Unis non plus. Barack Obama ne s'est pas émancipé de l'emprise de la bourgeoisie US, de l'impérialisme étasunien. Il n'a pas une seule fois exprimé le rêve de se situer plus à gauche que ses prédécesseurs démocrates. S'il envisage le retrait des marines d'Irak, c'est pour renforcer leur présence en Afghanistan ! Concernant le nucléaire iranien, l'avertissement est clair : " inacceptable ! ". Venant du président non encore investi du seul pays ayant déjà utilisé à deux reprises la bombe atomique contre des populations civiles, cette réaffirmation de la position léonine d'un Georges Bush laisse est édifiante.
Barack Obama partage le "rêve américain" dont il serait un exemple, voire une création. Il répète sans doute en toute sincérité son adhésion aux mythes fondateurs des USA, à l'ombre des pères de la nation dont il se veut l'héritier fidèle. Mais, même s'il affirme son admiration pour Abraham Lincoln, il évite de suivre l'exemple de ce dernier qui, répudiant les banques usurières, avait décidé de la création par l'Etat fédéral du fameux green back (billet vert). Le contexte n'a pourtant jamais été plus favorable qu'aujourd'hui !
Il y a dans ce retour aux origines un télescopage historique de taille. D'abord soulignons que les " pères fondateurs " n'ont pas opéré la critique du génocide amérindien. C'est pourtant sur ce génocide  que s'est construite la nation US. Barack Obama ne l'ignore pas. Ensuite, s'il y a un souffle libérateur et démocratique dans les messages des fondateurs, c'est parce qu'à l'époque ils luttaient contre le colonialisme britannique, contre la domination des trusts financiers, contre une oppression héritée de la période précapitaliste.
En se drapant dans ces souvenirs héroïques Barack Obama roule sur du velours. Mais cela ne devrait pas le dispenser d'effectuer un retour critique sur les mythes fondateurs. Car ces mythes n'ont pas empêché un siècle supplémentaire d'esclavage ni la transformation du pays en une redoutable puissance impérialiste, s'appuyant sur la manipulation de ce glorieux passé.
Le refus de Barack Obama d'opérer la critique radicale de ces limites en allant au-delà de quelques allusions critiques n'est pas de bon augure.
Il est d'ailleurs évident que les forces qui entourent, accompagnent et chouchoutent Barack Obama n'accepteraient pas une démystification du "rêve américain", de la " démocratie américaine " etc.

LES RAVAGES DE L'OBAMANIA
 Il est encore plus inquiétant de voir d'authentiques anticolonialistes martiniquais se départir à leur tour de tout esprit critique dans leur célébration d'Obama et même prôner la réconciliation avec le drapeau U.S. Oubliée la notion d'impérialisme ? Disparues les classes sociales ? Effacée la nature de classe du parti démocrate ?
Le rôle des militant(e)s n'est pas de surfer sur les illusions charriées par l'enthousiasme des composantes les moins critiques de la population mais au contraire de préparer les luttes de demain en défendant une vision lucide des faits et des tendances à l'œuvre dans le réel.
Il existe toujours une part d'incertitude dans ce qu'il faut attendre de telle ou telle personnalité politique d'envergure propulsée dans des situations complexes. Certes. Prudence et humilité s'imposent quand il s'agit de prévoir le futur. Mais cela n'autorise pas à oublier les leçons du passé, ni à abandonner toute analyse de classes, ni à éviter de lire les programmes.
D'autres ont vanté le " discours rassembleur, toutes races et toutes classes confondues ". Mais dis-moi qui tu veux rassembler et je te dirai à coup sûr ce que tu ambitionnes de faire. Nul ne peut, évidemment, reprocher à un candidat à la présidence des Etats-Unis d'en appeler à la population au-delà des différences des races. Mais prétendre vouloir s'appuyer aussi bien sur les laissées pour compte que sur les milieux d'affaires c'est assurément indiquer que les choses resteront en l'état. Le "changement" annoncé ne peut inclure, dans ces conditions, la transformation sociale sans laquelle les Etats-Unis resteront un pays d'exploitation et d'oppression dont les victimes seront les mêmes : les classes pauvres. Et on sait que les afro descendants, les immigrés latinos sont plus nombreux dans ces catégories.
Faire abstraction de ces vérités de base, c'est favoriser de façon purement opportuniste une régression de la  conscience politique du plus grand nombre.

NOS ESPERANCES ET NOS TACHES
L’élection de Barack Hussein  Obama est un fait inédit, original, difficile à imaginer il y a encore quelques années sauf dans les fictions télévisuelles et les gospels noirs américains. Les rumeurs des années 90 concernant Colin Powel en furent cependant les prémices. Ce fait brut nous commande un effort dialectique, loin des simplismes trompeurs et émotionnels. Sur le plan du symbole et pour toutes les communautés opprimées c'est un séisme réjouissant ! C'est une défaite de la morgue raciste, un bol d'air frais dans l'atmosphère empuantie des partisans de la " guerre des civilisations ". Même Mac Cain le comprend ! Mais la lutte ne se résume pas aux symboles.
La réalité des classes sociales, la structure de l'impérialisme, ses instruments fondamentaux restent en place. Et le nouveau futur locataire noir de la maison blanche n'a pas annoncé l'intention  de s'en prendre à ces réalités lourdes. Si par miracle, l'idée lui en venait, cela se saurait très vite.
Le plus sûr et le plus immédiat c'est donc le nouveau visage - sans jeu de mots - qu'il donnera du système capitaliste-impérialiste des Etats-Unis.
Se battre contre toute nouvelle mystification géante à l'échelle planétaire est notre première tâche.
Il faut souhaiter que dans la nouvelle situation qui s'ouvre les mouvements afro descendants, les militants immigrés et le mouvement ouvrier de tout le pays se sentiront encouragés. La chance pour qu'un changement réel se produise dans cette grande puissance dépend de l'activité indépendante de ces mouvements contestataires. Trop peu de commentateurs, même parmi les militants anti-impérialistes ont fait preuve de curiosité pour ces mouvements, pour leurs activités et leurs analyses. Or ces mouvements sont nos véritables alliés. C'est à eux que va notre solidarité. C'est à ceux que nous devons faire appel pour que leur intervention empêche la transformation du rêve  en cauchemar pour le plus grand nombre.
C'est l'entrée en action de toutes les forces de contestation du capitalisme et de l'impérialisme US qui nous aidera, partout dans le monde, à garder le cap sur l'indispensable lutte pour l'émancipation humaine.
      Philippe Pierre-Charles
      Max Rustal

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Commentaires (2)

1. Dominique DAVID 01/05/2009

9:

2. bennisy sam 28/01/2012

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