Tariq Ali : «Avec Obama, c'est l’enterrement de la conscience politique afro-américaine»

Tariq Ali : «Avec Obama, c'est l’enterrement de la conscience politique afro-américaine»

«Surrender at home, war abroad.» «Se soumettre chez soi, faire la guerre à l'étranger.» Le titre original de l'ouvrage de Tariq Ali se passerait presque de commentaire. Paru en France début novembre sous le titre «Obama s'en va-t-en guerre» aux éditions La Fabrique, l'essai du journaliste britannique né à Lahore en 1943, passe en revue trois années de conquête puis d'exercice du pouvoir de Barack Obama, qui avait suscité tant d'espoirs, avant de décevoir et d'être défait aux élections de mi-mandat.

 

De passage à Paris, il sera au « 104 », jeudi soir, 19h, pour une rencontre publique. La faillite d'Obama, mais aussi Tony Blair, le Pakistan, Sarkozy, les banlieues françaises et Daniel Bensaïd... Autant de thèmes abordés dans cet entretien avec Tariq Ali, l'une des figures de la gauche radicale britannique.  

Tariq Ali, pourquoi entamer votre ouvrage avec une comparaison entre la campagne de Jesse Jackson en 1984 et celle de Barack Obama, que vous empruntez en l'occurrence à Bill Clinton ?
La campagne de Jesse Jackson aux primaires du parti démocrate fut particulièrement radicale. Et bien qu'il ne l'ait pas emporté au final, il a montré la voie sur la manière de faire campagne, en agrégeant un large spectre d'électeurs, bien au-delà du traditionnel électorat démocrate, en construisant ce qu'il appela «l'alliance arc-en-ciel ». Beaucoup ont d'ailleurs espéré que Jesse Jackson s'en servirait pour fonder un nouveau parti progressiste, à gauche du parti démocrate. C'était donc intéressant de comparer avec la campagne d'Obama, qui lui aussi s'est adressé à une partie de la population plutôt jeune, et complètement déconnectée de la politique. Mais la grande différence avec Jackson, c'est que la campagne d'Obama a, du début à la fin, été orchestrée d'une main de fer par la machine du parti démocrate de Chicago, qui a très peu laissé de place à toute espèce de spontanéité. Le slogan «Yes we Can» fut créé par son staff de relations publiques. La campagne de Jesse Jackson fut au contraire totalement spontanée, affranchie des styles démocrate ou républicain classiques.

Vous étiez à New York lors du discours de campagne, à l'été 2008, que vous jugez le plus important et le plus habile d'Obama, et qui explique selon vous pour partie son succès, puis son échec...
C'était le discours où Obama a expliqué son lien avec l'Eglise où il se rendait, et son ancien pasteur, le pasteur Wright, qui avait énoncé une critique très acérée de la politique américaine et du projet impérialiste que continuaient de nourrir les Etats-Unis pour le reste du monde. Le pasteur subissait de violentes attaques de la part de la droite, et Obama était pressé de se dissocier de Wright. Obama fit alors un discours pour dire son désaccord avec son ancien pasteur, pour expliquer aux citoyens américains qui était Wright, et que c'était la société qui produisait des personnes comme lui. Et l'aspect le plus important de ce discours, c'est qu'il traita les Américains comme des êtres humains doués d'intelligence. Ce fut la première et l'ultime fois au cours de la campagne que nous entendîmes un discours comme celui-là. Car par la suite, le pasteur Wright sortit de sa réserve, attaqua de nouveau Obama, et le but du futur président fut atteint.

Vous citez Adolph Reed, très critique envers Obama bien avant qu'il ne se lance en campagne, et qui théorisait dès 1996 le «déclin de la conscience politique des Afro-Américains». Que nous dit son analyse du déclin d'Obama lui-même ?
Adolph Reed, un intellectuel afro-américain très reconnu aux Etats-Unis, voulait simplement dire aux électeurs : «Ne vous laissez pas avoir par Obama, il n'y a rien en lui de cette radicalité que l'on retrouve dans la conscience politique afro-américaine. Obama fait partie d'un nouveau genre, les “post-blacks politiciens”, qui rejettent dans les faits tout ce en quoi croyaient les leaders pour les droits civiques.» À cette époque, c'était le seul à le dire. Il était si effrayé par Obama, qu'il disait aux gens : «Votez Hillary Clinton, au moins avec elle, vous savez où vous allez, vous n'aurez pas de surprise désagréable.» Adolph a vu juste : depuis l'arrivée au pouvoir de Reagan, et avec Obama, ce à quoi nous avons assisté, c'est la mort de la «politique noire américaine traditionnelle» que nous connaissions, et qui était très radicale. J'explique dans ce livre l'émergence des Blacks Panthers, et d'un nouveau genre d'hommes politiques, littéralement détruits, tués par l'Etat américain. Hiwie Newton, le plus talentueux d'entre eux, fut tué par balle en pleine rue. Et, comme Malcom X, juste avant qu'ils aient pu faire suffisamment évoluer la politique afro-américaine pour gagner à sa cause l'électorat blanc traditionnel. Obama n'a rien d'un Martin Luther King, qu'il cite pourtant régulièrement. On oublie d'ailleurs que Martin Luther King, dans les années 1960, allait se présenter aux élections contre le parti démocrate.

Certains expliquent l'échec d'Obama en arguant qu'il n'est pas un homme de gauche, d'autres expliquent qu'il a quand même effectué un certain nombre de réformes importantes, comme celles de la santé, l'extension des prêts pour les étudiants, ou le retrait d'Irak...
Il n'y a pas eu de véritable retrait d'Irak. Et George Bush avait promis de faire ce qu'Obama a fait à l'été. Les Américains se sont simplement retranchés dans les six bases qu'ils ont construites depuis 2003, qui sont autant de petites villes américaines en Irak. C'est là qu'ils vont garder 50 et 60.000 soldats, pour toujours, à moins qu'on ne les pousse dehors. L'Irak est toujours un pays occupé.
La réforme de la santé est une réforme faible, qui va montrer très vite ses limites. Ce n'est pas celle qu'Obama avait promis à l'origine. Et la raison principale, c'est qu'il a capitulé face au lobby pharmaceutique et face à celui des compagnies d'assurances, pour le dire vite.
Sur le dossier israléo-palestinien, c'est encore pire que sous Bush, Obama ayant même fait un discours dans lequel il reconnaissait Jérusalem comme capitale éternelle de l'Etat d'Israël, ce qui contredit toutes les résolutions de l'ONU. Sur l'Afghanistan et le Pakistan, Obama a tenu ses promesses, c'est-à-dire d'envoyer davantage de troupes. Il avait dit qu'il fermerait Guantanamo, on attend encore.
Il y a donc une continuité très forte avec les politiques de Bush. Aujourd'hui, le masque est tombé.

On parle constamment de l'Afghanistan et de l'Irak, moins du Pakistan, un pays clé, que vous connaissez bien...

Le Pakistan est un pays complètement déstabilisé, notamment par la poursuite de la guerre en Afghanistan. Pourquoi ? Parce que les Pachtounes vivent des deux côtés de la frontière entre les deux pays, une frontière créée par l'impérialisme britannique en dehors de toute réalité du terrain. Vous ne pouvez donc pas isoler cette guerre, qui est une guerre régionale. Pour tenter de le faire, cependant, les Américains, qui financent l'armée pakistanaise, lui ont demandé de vider les villages à la frontière. Et aujourd'hui, vous avez plus de deux millions de personnes déplacées, réfugiées dans des camps au Pakistan, dans leur propre pays. Imaginez à quel point ce genre de politique nourrit la haine et le ressentiment à l'égard des autorités et des Américains... À cela s'ajoute la grande corruption de l'élite pakistanaise, l'une des plus viles actuellement en responsabilité dans le monde. C'est une élite dégoûtante, soutenue par les Etats-Unis, qui s'enrichit sur le dos des pauvres qu'elle piétine, qui vit dans une bulle. De notoriété publique, le président Zardari est un homme corrompu lui-même, un voleur, et peut-être un assassin. À côté de cela, vous avez une population pauvre, qui souffre, et qui subit le terrorisme, auquel elle est majoritairement opposée.

  • Jugez-vous qu'à l'image de Tony Blair en Grande-Bretagne, l'action d'Obama a contribué à déplacer vers la droite la scène politique américaine ?
    C'est une question intéressante. J'étais aux Etats-Unis pendant la campagne, et j'ai été interviewé par un journaliste «main-stream» à la télévision, à propos du Pakistan. Nous avons pris un verre ensuite, et je lui ai demandé ce qu'il pensait d'Obama. « Ecoute, m'a-t-il répondu, j'étais en Grande-Bretagne à la fin des années 1990, pour couvrir les élections. J'ai vu Blair en action. Et je peux te garantir qu'Obama est un nouveau Blair.» J'ai répondu : «Oui, peut-être, mais Obama est plus intelligent.» «Sans doute, a-t-il répondu, c'est ce qui rend les choses encore plus tragiques, parce que c'est néanmoins dans la même direction qu'Obama nous entraîne.» Ce qui nous mène à votre question, à laquelle on peut répondre en disant un mot sur le Tea Party : n'exagérons pas ce phénomène, certes important, mais qui n'est pas vraiment nouveau. Un mouvement de ce genre apparaît à chaque fois qu'un président démocrate est élu, c'est comme cela. Celui-ci rentrera dans le rang du parti républicain, Karl Rove s'en occupe. Sauf peut-être la composante «libertaire», qui est plus volage et opposée à tout interventionnisme de l'Etat.

 

 

Pour rester un peu sur Tony Blair...
(Il coupe) Vous savez, moi, la troisième voie, je n'y ai jamais cru. Aujourd'hui, Blair publie son livre, qui est d'une nullité crasse. C'est d'ailleurs à cela que l'on voit qu'il l'a écrit lui-même. Et voilà que, partout dans les librairies, des activistes se saisissent du livre, pour le déplacer du rayon des biographies aux rayons des criminels. C'est le grand jeu en ce moment. La troisième voie, c'est le même marketing que «Yes we can». Et vous avez même des idiots en Europe, comme Veltroni en Italie, qui essaie de battre Berlusconi en criant «Yes we can». Cela ne veut rien dire, c'est vide. Il n'y a pas de projet. La politique, c'est avoir un projet.
Il faut reconnaître que l'enthousiasme de la population, disons entre 18-26 ans, pour Obama aux Etats-Unis fut incroyable, on n'avait pas vu ça depuis le mouvement d'opposition à la guerre du Viêtnam. Eux portaient un projet, qu'ils espéraient lire dans les yeux d'Obama. Mais ils sont aujourd'hui très déçus, amers. Quelques semaines avant les mid-terms, j'étais à New York, je regardais un programme télévisé, un débat avec Obama où l'audience était triée sur le volet. Une femme afro-américaine s'est levée, et a dit:  «Monsieur le président, il faut que vous sachiez que je suis malade et fatiguée de vous défendre. Je ne peux plus le faire désormais, car vous nous avez tous laissé tomber.» Pendant un moment, Obama n'a su que répondre, et ces images, qui en disent long sur sa défaite aux élections, ont fait le tour du monde.  

  • Dans le Guardian, vous avez publié un point de vue à propos des grèves en France, intitulé «Pourquoi ne protestons-nous pas contre les mesures d'austérité comme le font les Français ?». Cependant, malgré la forte mobilisation en France, la loi sur les retraites a bel et bien été votée...

 

Certes, mais je ne crois pas pour autant que vous ayez perdu la guerre. Une bataille, certes. Mais la guerre continue.  Et vous êtes armés pour affronter la réaction. C'est un héritage de l'histoire de France, brillante, unique en Europe. C'est 1789. Nicolas Sarkozy, qui est tellement stupide, éructait pendant sa campagne qu'il fallait éradiquer l'héritage de Mai 1968. Mais il se trompe : l'héritage de 1968, c'est aussi celui de 1789. Les barricades, les tout jeunes qui se regroupent dans la rue... C'est une force incroyable, ce sens de l'histoire enraciné en chacun de vous. C'est ce qui fait que le libéralisme ravageur, qui produit des crises comme celle que l'on traverse, et que l'on tente encore de nous faire avaler, ne pénétrera sans doute jamais tout à fait en France.
À part Sarkozy, votre pays ne fonctionne d'ailleurs pas si mal. Je ne suis pas d'accord avec les interprétations que l'on fait des émeutes des banlieues en 2005. Les politiques et les médias dominants ne voient que l'aspect sécuritaire, l'immigration, tout ce blabla infantile et dangereux. Au contraire, je trouve tous ces gens parfaitement intégrés, l'aspect économique mis à part, évidemment, qui reste le nœud du problème. Mais les gens des banlieues sont des Français comme les autres. Et la meilleure preuve, c'est qu'ils ont parfaitement intégré les formes de protestations qui ont traversé l'histoire de France, les barricades, les manifestations, brûler des voitures, comme en 1789, 1871, 1968, 1995, 2005, etc. Des moments qui font que le monde entier continue d'admirer votre pays. En Angleterre, les jeunes ne réagissent pas comme cela, parce qu'ils ont intégré les différentes acceptions de la société britannique. Pour protester, ils adhèrent à des mouvements, ou à des partis.

Est-ce pour cette raison que David Cameron a réussi à faire passer son plan d'austérité particulièrement dur, sans que cela ne déclenche de grands mouvements de protestation ?
Il y a eu des manifestations de la part des étudiants. Mais vous avez raison, assez faibles. Les Anglais ont toujours été comme cela. Vous connaissez l'auteur D. H. Lawrence ? Il est notamment l'auteur d'un livre, Women in love. Lors d'un dialogue entre deux femmes, l'une d'entre elles proteste que les Anglais sont «terribles, passifs, morts, dépourvus de toute passion». Ce à quoi sa voisine répond : «Ce n'est pas qu'il leur manque la passion, c'est qu'ils mettent beaucoup de temps à l'atteindre.»  En France, les mouvements se sont produits en 1968, en Italie, en 1969.... En Angleterre, il a fallu attendre les années 1970. Il y aura un mouvement par rapport à ces mesures d'austérité en Grande-Bretagne. Et l'une de ces manifestations, ce sera peut-être la volonté exprimée par les Ecossais de rompre l'unité avec l'Angleterre, de briser l'unité de l'Etat britannique en demandant à former un Etat tout à fait indépendant au sein de l'Union européenne. C'est déjà quelque chose dont ils parlent.

L'une des personnes qui ont compté dans votre parcours, c'est le philosophe Daniel Bensaïd, disparu récemment...

Daniel était un de mes amis les plus chers. Quand je venais à Paris, il était l'un de ceux que je visitais à chaque voyage. C'était un des rares qui ne critiquait pas ma décision de m'éloigner du mouvement à partir des années 1980. Dans les années 1960, nous admirions beaucoup la France, qui était le laboratoire intellectuel du monde. C'est moins vrai aujourd'hui. Et Daniel, qui était un esprit libre, une lumière de son temps,

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Commentaires (28)

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