TENSIONS SOCIALES SUR FOND DE DEBACLE FINANCIERE AU CHU DE FD

 

TENSIONS SOCIALES SUR FOND DE DEBACLE

FINANCIERE AU CHU DE FDF 

 

   Il n’est guère d’usage, ni très opportun, que les hauts fonctionnaires se laissent aller dans la presse à des étalages désobligeants à l’égard de partenaires sociaux auxquels ils devront nécessairement s’accommoder. Le fait que Daniel Riam, directeur général du CHU de FDF expose dans France Antilles (samedi 6 novembre 2010) ses états d’âme ne  peut qu’étonner. Il est plus l’indice d’un problème profond pour le service public que celui qui serait posé par des syndicalistes accusés avec légèreté de n’être pas raisonnables, d’être des enfants gâtés, de manquer de maturité, parce qu’ils s’accrochent de façon « surréaliste »à des avantages. En quelque sorte, le DG qui s’explique « sans langue de bois » reproche amèrement aux syndicats de défendre les intérêts de leurs mandants. Voilà qui est original !

   Bien sûr, « gren diri ka plen sak », mais comment ne pas observer que même en dénonçant à la fois les deux jours accordés par Pierre Zobda-Quitman, le 22 mai, le Vendredi saint, le Mercredi des cendres, « les Morts », – et pourquoi pas le 14 juillet ? – puis le manque de courage de l’ARS sur la question du changement d’échelons, on reste fort loin des 36 millions recherchés ! C’est dire que la petite cuillère des mesures marginales d’austérité ne saurait contribuer de façon convaincante à résorber l’abyssal  déficit engendré par une inepte « nouvelle gouvernance » orchestrée en haut lieu. Mais il est vrai que le DG envisage d’aller encore plus loin puisque de façon plus globale, c’est 20 années de mobilisation des moyens  du CHU, « préférentiellement au service du personnel, au mépris de ses missions, c’est-à-dire soigner les malades », qu’il met en cause.  Vaste programme !

    Mais les vrais problèmes de la santé publique ne sauraient hélas êtres pertinemment évoqués ni par les directeurs d’hôpitaux, ni par les « préfets de la santé », l’un et l’autre étant, même si cela peut choquer, les relais fonctionnels obligés de la politique gouvernementale. La politique ultra-libérale d’une droite « décomplexée », livrant froidement aux affairistes amis, un secteur à protéger entre tous. La feuille de route de tous les éminents responsables est suffisamment claire pour leur interdire tout écart, ne serait-ce qu’au niveau verbal.

   Ils sont en premier lieu tenus de réduire les coûts. L’hôpital fonctionnant de moins en moins comme un service public, et de plus en plus comme une entreprise, leur rôle est « d’optimiser les résultats » avec le minimum de ressources. En clair, cela se traduit par moins de médecins(1), moins de blocs opératoires, moins de personnel soignant, moins d’entretien, moins de matériel, moins de fournitures. Les résultats à cet égard sont clairs puisqu’en dépit des affirmations farfelues de Roselyne Bachelot, il n’est pas rare que des malades cherchent désespérément un lit d’hôpital disponible. À Paris même, l’hôpital Tenon dans le 20ème arrondissement a dû le mois dernier fermer son service d’urgences pendant un week-end, faute de personnel. Il est admis que le malade qui n’aura pas sa bouteille d’eau devra se contenter du robinet des toilettes.

    Ils doivent ensuite, « rationaliser » les recettes. Pour ce faire, la direction doit prévoir un volume et une structure des « activités » inspirés de ceux des périodes précédentes, les dites activités étant répertoriées (on ne dénombre arbitrairement 700 alors qu’il existe évidemment des milliers de pathologies) et tarifées de façon spécifique. Les prévisions de recettes permettront alors de projeter les dépenses sans compter comme par le passé sur la subvention « d’équilibre » de l’Etat ou l’hypothétique « aide nationale ». Depuis 2008, la tarification à l’activité (T2A ou TAA) est généralisée et dans la pratique, on compte beaucoup sur « l’esprit de responsabilité des directeurs » chargés de sa mise en œuvre sur le terrain. De façon générale, l’on nomme à ces postes sensibles de supposés bons communicants susceptibles d’éviter les vagues (il est significatif qu’aussi bien à l’ARS qu’à la direction générale du CHU de FDF par exemple, l’on trouve des cadres d’ouverture, issus en l’occurrence de l’extrême gauche politique et syndicale). Cette T2A conduit fatalement à la faillite des unités de soin, à commencer par les plus petites et les plus fragiles dont le volume d’activité ne peut en aucune façon couvrir les frais de fonctionnement. (2) Rien qu’en raison des surcoûts consécutifs à l’éloignement des fournisseurs, le centre hospitalier Pierre Zobda Quitman se classe, selon nous, dans la catégorie des établissements fragiles.

   Mais, la cohérence de ce système n’est qu’apparente. En effet, dans la pratique, les activités lucratives (prothèses mammaires, cataractes, stimulateurs cardiaques etc.) sont généralement accaparées par le secteur hospitalier privé. Il faut dire qu’en cas de complication, les cliniques privées s’empressent de diriger les victimes vers les soins intensifs et la réa de l’hôpital public en général mieux adapté. En revanche, les pathologies lourdes et durables, celles qui sont considérées comme peu rentables,(cancers, fractures complexes, trépanations, pathologies rares etc.) échoient comme par fatalité à l’établissement public. De surcroît, la bonne gestion conduit à un raccourcissement des durées d’hospitalisation, au développement des soins ambulatoires et à l’hospitalisation à domicile (pour le plus grand profit du secteur privé qui loue aux familles le matériel nécessaire : lits médicalisée, chaises roulantes, fournitures d’entretien, oxygène etc.).

   Tous les responsables le jurent : la « convergence » public/privé (devant théoriquement pratiquer les mêmes tarifs pour les mêmes activités) constitue un pas de plus vers l’égalité des citoyens devant la maladie. Mais comment y croire ? On voudrait aligner deux systèmes dont les objectifs sont non seulement différents, mais dans le fond contradictoires. Les urgences du service public devraient fonctionner 24h sur 24 ; celles de la clinique privée sont accessibles seulement aux heures d’ouverture. Les lits de la clinique privée peuvent être occupés à saturation, cette dernière n’étant pas tenue de répondre aux imprévus ; ceux de l’hôpital public doivent au contraire observer une marge de disponibilité suffisante (en général 15%) en prévision des impondérables. La clinique privée peut se passer de certains équipements médicaux ; le service public a une obligation de moyens. Le service public accueille  toute personne ayant des problèmes de santé, la clinique privée peut choisir ses patients etc.

   Bien sûr, la France est quelque peu en retard sur  son partenaire allemand où le T2A dont il est l’initiateur aidant, le nombre d’hôpitaux est passé de 2600 à 2000  entre 1998 et 2008 ! De même, les hôpitaux de la ville de Hambourg  et les CHU de Giessen et Marburg ont été purement et simplement vendus au secteur privé qui passe de 15 à 27 % de l’activité hospitalière. Ce mouvement s’accompagne bien sûr d’une réduction drastique des effectifs du personnel. Et ce n’est qu’un début, mais n’en doutons pas ; si on laisse faire, le petit élève peut fort bien dépasser la maîtresse !

   Nous n’étonnerons personne en ajoutant que la marchandisation de la santé a un corollaire évident : ce marché immoral fondé sur l’exploitation la détresse physique des personnes attire de plus en plus les convoitises des investisseurs qui y voient un placement d’avenir avec un taux de rentabilité à deux chiffres ! En d‘autres termes, le démantèlement du système de santé n’est ni une fatalité, ni un malheur pour tout le monde puisqu’il permet un développement pharamineux du secteur privé déjà maître de l’industrie pharmaceutique. Les groupes comme Générale de santé (110 cliniques et hôpitaux privés), Vitalia (une cinquantaine de cliniques), Védici, Kapa (Clinique Sainte-Marie en Martinique, Eaux claires et Espérance en Guadeloupe, Véronique en Guyane), affichent des bulletins de santé tout à fait enviables, contrairement à leurs concurrents du secteur public. De surcroît, ils présentent plus d’attrait pour un médecins que des hôpitaux publics en décrépitude organisée. Avantages matériels, dépassements d’honoraires, ne sauraient non plus les décourager. Parallèlement, les malades aisés évitent comme la peste le service public jugé trop crade pour leur goût et viennent tout naturellement constituer le fond de clientèle.

   Voilà quelques aspects du vrai tableau de l’hôpital public que l’on ne saurait occulter en incriminant le mouvement syndical implicitement soupçonné de ne pas accorder la priorité au malade. Sa faillite qui accompagne le sabotage de la sécurité sociale sert le même maître : le capital privé. La claire dénonciation de cette politique néfaste à l’intérêt général impose, bien entendu, une réponse plus appropriée que les excommunications aussi injustes que déplacées.

                                                                                                                                                      Max Rustal

 

(1) L’insuffisance de l’effectif du corps médical est l’illustration la plus limpide d’une politique ultra-libérale qui n’est pas l’apanage de la seule droite réactionnaire. En effet, les économistes « spécialistes » de la santé ont considéré qu’en diminuant l’offre de soins médicaux, la demande suivrait de façon automatique. C’est cette analyse, confortant l’intervention de certains syndicats professionnels qui a conduit à l’instauration du numerus clausus. De sorte que le nombre lauréats en médecine est à ce jour inférieur à celui de 1972 ! (7 400 en 2010 contre 8 588 en 1972 en passant par un creux de 3 500 en 1992 !). Le résultat de cette mesure inepte est clair :  manque affligeant de médecins généralistes dans certaines zones, manque de spécialistes partout, attentes de plusieurs mois pour une consultation en ophtalmo ou ORL par exemple, épuisement physique des médecins soignants de certains secteurs. Le corps des médecins ne s’est guère signalé par son hostilité à une pratique dont ils tirent profit puisque l’absence de concurrence aidant, les carnets de rendez-vous sont saturés. Ce qui ne les empêche pas de réclamer périodiquement la revalorisation des tarifs. Ceci étant, il est notoire que l’importance du revenu moyen de la profession médicale n’empêche inégalités criantes : le revenu d’activité annuel moyen déclaré aux impôts par les radiologues atteint 168 000 euros, 155 000 pour les chirurgiens, 147 000 pour les anesthésistes. A l’inverse, il se monte à 79 000 euros pour les psychiatres et pédiatres, 73 000 pour les dermatologues et 71 000 pour les généralistes.(Rapport IGAS)

 

(2) Le cas du CHU de Fort-de-France n’est récent, ni exceptionnel. Celui de Nantes par exemple encourage les départs anticipés pour 200 agents afin d’alléger les charges. « Aujourd’hui – écrivait feu le médecin et sénateur UMP Francis Giraud – bien des CHU sont dans une situation budgétaire difficile et leurs directeurs généraux font voter à leurs conseils d’administration des reports de charges ou des Etats Prévisionnels des Recettes et des Dépenses en déficit. Cette situation préoccupante, qui affecte la plupart des hôpitaux publics, fait courir aux CHU des risques supplémentaires : le danger de restriction touchant l’investissement en matière de recherche et d’enseignement pour privilégier le soin, qui avec la T2A génère désormais des recettes, peut amener à l’affaiblissement de leur fonction universitaire. (…)Extrait du rapport sur les Centres hospitaliers et universitaires remis par le Sénateur Francis Giraud au Premier ministre, Dominique de Villepin, le 15/06/06.

On ne saurait être plus clair… 

 

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Commentaires (15)

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